Marcel Gauchet : l’ère des idéologies
Joseph de Maistre l’avait annoncé : plutôt qu’un événement, la Révolution française sera une « petite aventure de cinq ou six siècles ». Et c’est de cette aventure moderne dont Marcel Gauchet s’est fait l’un des plus impressionnants spécialistes, au fil d’essais parfois difficiles d’abord mais d’une richesse à peu près inépuisable pour qui y entre effectivement, essais qui ne valent pas seulement par les grandes idées qu’ils prétendent démontrer, mais aussi par les éclairages, précisions et distinctions à peu près infinies amenés au fur et à mesure des développements. Lire Gauchet est une conversation exigeante mais passionnante : on écoute et on veut comprendre, on interroge, on cherche des contre-arguments face au vertige des assertions, on sort ébloui par l’éclat de cette intelligence. […]
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« Kairos » : Boissoudy illumine la Galerie Guillaume
NÉO : l’éclat du côté sombre
Après l’orgueil, vous vous attaquez à la luxure, pourquoi cet ordre parmi les sept péchés capitaux ?
Quand j’ai décidé de faire cette série, j’avais déjà écrit le roman sur l’orgueil, j’ai eu ensuite l’idée de tirer le fil et d’élaborer tout un cycle. Ensuite, très franchement, j’avais le choix et j’avais déjà mes six autres histoires, mais j’avais envie d’écrire maintenant cette histoire de tableau fantastique. Les autres sont des histoires chacune très différentes mais il y a un lien entre les romans, un même personnage à la Calgiostro qui apparaît à chaque fois, avec les yeux vairons et les lettres « MH » pour initiales. C’est toujours lui qui déclenche le péché. Dans L’Île de l’orgueil (le premier roman du cycle, ndlr), il était le romancier qui renonce à écrire et il intervient dès lors pour donner du sens aux romans que j’écris et ainsi réaliser, en quelque sorte, des romans in vivo. C’est donc une espèce de double. Si le premier livre relevait du thriller psychologique à la Daphné du Maurier, là, je voulais élaborer quelque chose de moins construit, une suite de portraits développant quelque chose de vénéneux, de capiteux, de plus formaliste, fin-de-siècle. J’aime cette littérature de la fin du xixe siècle, morbide et complaisante… […]
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« L’Islam contre la modernité » de Ferghane Azihari : bilan terminal
Dans sa pièce Nathan le Sage (1779), Lessing développe une parabole empruntée à Boccace : un riche Oriental avait un anneau d’une valeur inestimable, possédant la vertu de rendre son possesseur agréable à Dieu et aux hommes. Il avait promis de le léguer, avec son héritage, à son fils préféré. Mais ne sachant quel fils choisir, il commanda à un artisan deux copies de la bague absolument identiques à l’originale et en donna une à chacun. À sa mort, tous trois prétendirent posséder l’anneau authentique, mais aucun ne fut capable de le prouver – tout comme les trois religions abrahamiques se disputent l’héritage de la vraie foi. Les frères portèrent alors leur querelle devant un juge, qui trancha le différend : en vertu du pouvoir de la bague, l’homme le plus agréable à Dieu et aux autres serait reconnu comme l’héritier légitime. Et le juge d’ajouter : « La vraie bague s’est sans doute perdue. » En d’autres termes, aucune religion n’est en mesure de prouver son authenticité car son origine s’est perdue. Dès lors, la religion la plus authentique est celle qui apporte à l’humanité les plus grands bienfaits – selon l’adage biblique « On reconnaît l’arbre à ses fruits » (Matthieu, 7, 16). Pour le philosophe des Lumières, aucune religion ne détient la vérité, puisque la vérité n’excède pas le cercle de la rationalité humaine ; mais aucune, pourtant, ne cessera de prétendre à l’hégémonie. Pour mettre un terme aux conflits qui déchirent l’Europe depuis 250 ans, Lessing propose une solution : autoriser chaque religion à se croire héritière de la vérité, tout en mettant chacune au défi de prouver leur supériorité par ses effets sur les hommes et les sociétés. […]
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Rétrospective Seijun Suzuki : le maître des formes
À la fin des années 60, les grands studios japonais se tournent unanimement vers le cinéma d’exploitation pour concurrencer la télévision et notamment vers le « pinku », c’est-à-dire le cinéma érotique. Étrangement, c’est dans ce genre très codifié que s’émancipèrent plusieurs futurs maîtres, à commencer par Seijun Suzuki qui s’en servit pour expérimenter et parfaire sa vision très personnelle du cadre. La Marque du Tueur, chef-d’œuvre qu’on résume un peu trop vite à son influence capitale (Jarmusch, Tarantino) résume à lui seul toute l’ambition technique démesurée du réalisateur, qui parvient à bâtir une sorte de film abstrait monumental et lyrique à partir d’un scénario qui tient littéralement sur deux lignes. […]
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